l’Artigue d’Arlos, le 31 août 1911
Le dernier jour d’août vers dix heures, je me décidais à visiter le ravin d’Arlos. La chaleur étant toujours très intense, je me dirige d’abord vers la fontaine det Moungé où je fais une bonne pause. De là, je remonte sur les prés qui sont sur le bord de la ravine qui descend vers Rieouech.
Sur la rive gauche, je remarque quelques cèpes qui sont déjà passés. Suivant presque verticalement, j’arrive aux prés supérieurs qui appartiennent à Piteou de Guyenne et aussi à Barbé. Ils sont fauchés et je remarque quelques Clitocybe infundibuliformis. Le ruisseau donne à peine de l’eau, le pré qui suit où se trouve une fontaine n’est pas fauché. Deux enfants gardent les vaches et s’amusent à construire un bassin. Ce sont Jean Bessan, qui vient au catéchisme, et Jean Candau, à qui j’ai fait faire la première communion. J’arrive au dernier pré que je remonte et sur lequel se trouve un premier sentier. Je le suis un instant et monte ensuite pour prendre la grande route qui monte vers Lasplanech.

Le bois est entièrement sec, on ne voit point de traces de champignons. Sur les souches qui pourrissent, quelques polypores à différentes couleurs se développent dans les moisissures. Sur un tronc étendu par terre, je remarque un autre polypore de quatre à cinq centimètres, tout à fait rouge, chapeau, chair, pores, ce qui sera probablement le cinabre. À la jointure des chemins qui viennent de Lasplanech et du bois de Fos, sur une souche de sapin, je remarque un immense champignon. Chapeau chocolat, aplati, couvert de larges zones en relief. Les pores sont blancs et deviennent ensuite bruns. Ce sera le polypore aplani. Il est très coriace, difficile à arracher. De là, je me dirige vers Lasplanech et je traverse vers la ravine d’Arlos. Dans cette longue traversée je ne rencontre aucune pièce. Le chemin se délabre en certains endroits : les ravines l’entament, les ronces le couvrent, les eaux le parcourent sur de longues distances.
Je rejoins le chemin qui monte sur la rive gauche du torrent et de là, grâce aux animaux qui ont brouté la verdure qui se trouve le long de la traînée que font les eaux de la fontaine de Hount Héride, je peux suivre le torrent et atteindre la forêt. Je trouve quelques cèpes à chapeau brun clair, chair jaunâtre et brunissant sous le chapeau, pores et pied jaunes, pied grossissant vers le bas, ayant un réseau bien marqué au sommet avec quelques légères teintes roses. Il ne bleuit pas à la cassure. Il se rapproche du jaune, mais n’a pas d’anneau du velouté, mais le pied ne lui ressemble pas. J’ai trouvé dans cette région bon nombre d’autres espèces pachypus et satan. J’ai fait une longue pause à la fontaine qui est fraîche et je suis rentré vers Artigue Sans.
Les fougères sont devenues très longues cette année. Le pays se charge de ronces, de genêts, de branches de toute sorte. Il devient impraticable.

Ce même jour, montait dans cette même ravine d’Arlos, le Capitaine Vita et ses deux filles et une tante. Ils se dirigeaient vers Luchon. Inclinant sur la gauche en montant, ils vinrent sans doute aboutir à Sacaube, et de là, traversant la ravine de Béousé, ils arrivent à huit heures du soir sous la passade de Cugnous. Le capitaine glisse dans un ravin, se foule le bras et ne peut remonter. Ses filles et la tante vont le rejoindre au fond du ravin. Ils passent la nuit heureusement
très chaude dans ce ravin. À huit heures, après avoir inutilement demandé secours, la jeune fille de dix-neuf ans essaie de sortir, elle dégringole, se fait du mal à la tête, aux reins. Elle peut cependant aboutir au Plan d’Arrem et puis à Fos. On envoie quatre hommes, qui avec des cordes allèrent arracher les captifs du précipice. Ils descendirent vers sept heures le vendredi et je suis allé à leur rencontre à la Couch. Il est probable que cette aventure n’amènera pas de grandes complications.