A la recherche du chemin des contrebandiers

Un passage entre CANEJAN et FOS, à travers les pentes abruptes surplombant la Garonne au dessus du Pont du Roy ?

L’abbé JOURTAU le signale dans son récit datant de 1902 (disponible ici). Lors de son ascension vers le plateau de Trentenade depuis le plateau de Lacusse, il laissait sur sa droite un chemin conduisant à Canéjan. Il évoque aussi, dans le secteur, la lutte du douanier Payran contre un chevrier venu du village espagnol.

Mais où se situe donc ce passage à travers les sévères parois de la rive droite de la Garonne, en surplomb du pont du Roy ?

Il y a bien le pas de Trentenade (dont nous parlons ici…). Mais il situé trop haut, à 1440 mètres d’altitude alors que Canéjan est à 900 m et Fos à 550 m.

Le seul point possible semble être le col de Toudoucet, à 1050 m. C’est là que nous concentrons nos recherches. Au dessus et au dessous, c’est trop raide.

Mais comment rejoignait on ce col depuis Canéjan ? Et comment traverser le vertigineux ravin de la frontière ?


Premier tronçon : CANEJAN – Col de TOUDOUCET

Sur les anciennes cartes papier de l’IGN (ci-contre, l’édition de 2009), un sentier figure bien, reliant Canéjan au col de Toudoucet.

Hélas, ce sentier a disparu des cartes actuelles, et aussi du web et des applications GPS, si précieuses pour se repérer.

Dans quel état allons nous trouver ce chemin ?

Le départ est plein de promesses …

Face au parking de Canejan, le panneau du Conseil Général d’Aran propose le circuit n°2 intitulé « Penhes Males – Eth To« .

Le texte du panneau fait référence aux contrebandiers et à l’aménagement de passages taillés dans la roche vers les petits pâturages.

Le départ du circuit emprunte un large chemin confortablement aménagé qui s’achève au Guardarer de Penhes Males.

En haut du village, sous l’église, un panneau indique le début de l’itinéraire.

On atteint, en moins d’un kilomètre la fontaine du Maudan, puis le mirador (Guardarer) , via un aménagement propice à la promenade familiale, avec vue plongeante sur le pont du Roy.

Le circuit du Conseil Général, signalisé par un panneau « Eth To », se poursuit, en haut sur la droite, sur une sente plus discrète et escarpée. Pour continuer vers Fos, c’est encore plus discret, droit devant, dans le prolongement du chemin parcouru, en légère descente au début.

Il est temps de déclencher l’enregistrement de sa trace sur l’appli GPS. En effet, Il faudra retrouver précisément, au retour, les passages aménagés dans les falaises, sous peine de pénibles recherches.

Le parcours emprunte un sentier étroit mais bien marqué, où alternent sous-bois et passages taillés dans les parois rocheuses par les anciens. Il reste sensiblement horizontal, à l’altitude de Canejan, soit 900 m.

On se dit qu’en travers de cette forte pente, en aplomb de la Garonne, notre progression sera bientôt interrompue avec la disparition ou l’encombrement de la sente. Mais ce n’est pas le cas.

Le chemin paraît long. Il n’est pas direct comme l’est la route, visible bien en dessous. Il épouse chacun des replis de ce versant capricieux.

A l’approche du ravin de la frontière, nous nous demandons bien comment nous allons passer. Les murailles qui le bordent paraissent infranchissables et la navigation se complique au nœud du trident figurant sur la carte IGN.

Trois chemins sont possibles : le premier descend, le second, bien marqué, reste horizontal et le troisième monte à travers les éboulis.

Le chemin horizontal ne conduit qu’à une ancienne carrière et butte sur le ravin.

Le col étant visible 150 mètres au dessus, le bon choix semble le chemin du haut… mais il disparaît bientôt, noyé sous les éboulis.

C’est la partie la moins évidente du parcours : il faut trouver le seul passage possible du ravin mais il n’y a plus de repère. Toute trace de sentier a disparu. Il faut grimper sur un sol mouvant caillouteux parsemé de racines et guetter un répit de la pente du ruisseau.

Nous sommes prévenus de l’arrivée au bon niveau par un imposant mur de soutènement qui nous indique le point précis de franchissement de la frontière.

La traversée continue, en forêt, sur un tombant transversal vers la Garonne, sans traces de sentier, dans les cailloux ou sur la terre meuble. On monte légèrement pour atteindre le niveau du col.

Enfin, à la sortie du bois, le col, proche, s’atteint plus facilement. Quelques vestiges de chemin apparaissent. La vue se dégage. L’ambiance verticale fait place au confort de la large cuvette verte du col, enchâssée entre deux falaises.

Cet espace, ainsi que les terrasses ensoleillées de Lacusse, situées juste en dessous, sont propices au pâturage. Une explication aux cheminements taillés dans les rochers pour faire passer les ovins (et leurs gardiens) depuis Canéjan jusqu’à ce versant français ?


Deuxième tronçon : Col de TOUDOUCET -FOS

Après le passage du col, on peut descendre directement vers le fond du vallon pentu situé sous l’échancrure du passage. Ce talweg conduit directement à la source, située 250 mètres au dessous auprès d’un hêtre têtard, sur le sentier de la carte IGN.

On devine qu’un vieux chemin en lacet semblait permettre cette descente. Il est cependant noyé sous une épaisse couche de feuilles mortes et encombré de traîtres branches et cailloux. Plus bas, il faut se faufiler entre des escarpements. La progression en devient complexe.

Plus facilement que cette pénible descente directe, on rejoint, dès que possible depuis le dessous du col, le pied de la muraille qui surplombe à gauche. Une large rampe descendante longe cette falaise, au-dessus d’un gros éboulis et conduit plus bas à la sortie de la forêt.

On se retrouve sur les terrasses rocheuses érodées par l’ancien glacier de l’Aneto. Ces terrasses dominent le barrage, face à Héréchet.

Au bas de cet escalier de géant, le GPS nous fait rejoindre, sur la droite, l’extrémité du sentier de la carte IGN.

Il rejoint le hêtre têtard évoqué précédemment, avec la source à son pied.

L’arbre têtard est un arbre étêté par l’homme. Les coupes successives au même niveau de son tronc, lui donnent sa forme caractéristique et permet le prélèvement de branches de section plus réduite.

Un peu plus loin sur le chemin, c’est une ruine avec une autre source à proximité. Cette ruine figure dans le récit de l’Abbé JOURTAU en 1902 (disponible ici) et témoigne de l’exploitation des lieux en ces temps anciens.

Ce plateau de Lacusse bénéficie d’une vue panoramique sur la vallée, le Sérial et Melles

Peu après, se présente le dernier passage taillé dans la roche. C’est la porte de sortie du plateau de Lacusse, passage obligatoire pour rejoindre Fos.

Ces passages sont plus praticables par les brebis que par nous, les bipèdes !

On croise enfin un important ouvrage de pierres sèches délimitant un chemin de débardage vers un ravin.

Pas besoin de GPS pour terminer l’itinéraire. Un familier des lieux a défriché le chemin il y a quelques décennies. Il suffit de suivre, comme le petit poucet, les petites souches et branches proprement sectionnées.

Le chemin de Montcaoubech nous conduit enfin au pont d’Espenes (et non pas le pont de Rouéu comme le nomme la carte IGN).



Attention ! Cette découverte est une aventure qui nécessite la plus grande prudence avec un équipement correct et une application GPS permettant d’enregistrer sa trace.

La traversée des éboulis, les fortes pentes encombrées de branches et racines glissantes, l’étroitesse des passages sont autant de dangers à prévenir.

Le réseau téléphonique fonctionne sur l’ensemble du parcours.