Qu’en est-il de ce passage dans la montagne entre FOS et CANEJAN, figurant au traité des Lies et passeries ? Traité de paix signé le 22 avril 1513 au Plan d’Arem, entre les représentants de part et d’autre de la chaîne pyrénéenne, des vallées d’Aran, d’Aure, de Louron, du Larboust, d’Oueil, de la Pique, du Comminges, des Frontignes, d’Aspet, du Couserans, du Pallars, de l’Alta Ribagorça, de Benasque, de Gistain, de Bielsa et des autres territoires à proximité.

Le passage sans doute emprunté autrefois par nombre de bergers ou contrebandiers des deux nations, est matérialisé sur le terrain par la borne frontière 412, gravée sur le rocher.
Le Pas de Trentenade est l’un des chemins de la liberté du Haut Comminges pour franchir la frontière et échapper à l’occupant durant la dernière guerre mondiale. Chemins empruntés par les familles juives, les jeunes français rejoignant Londres ou encore les réfractaires au travail obligatoire en Allemagne (STO).
Combien d’appréhensions mais aussi d’espoirs ont vibré le long de ce passage très confidentiel, perdu dans les bois, qui échappe aux contrôles installés dans la vallée par l’occupant ?
Situé au dessus du plateau de Trentenade, c’est le premier lieu de franchissement praticable de la crête frontière, très escarpée au dessus du Pont du Roy, à 1400m d’altitude.
Pour atteindre la frontière Espagnole et accéder aussi à cette belle crête si extraordinaire à parcourir, été comme hiver, du Tuc de Pan jusqu’à la Pourteille, il y a aussi le col de Puymaurin, à partir de la cabane de l’Artigue, ou bien le sentier de Courrau Gran. Mais il faut alors aller plus loin vers l’ouest et plus haut, avec encore plus de montée au dessus de Fos et aussi de descente sur Canejan.
Sous Napoléon 1er, le col de Puymaurin fut utilisé par les soldats Français pour tenter de prendre à revers les partisans espagnols, vite repliés après l’assassinat des 6 habitants de FOS dans la nuit du 18 août 1811.
Avec le pas de Trentenade, par contre, on passe la frontière juste au-dessus de Canejan. Le village est alors facile à atteindre, avant mai toutefois, pour éviter de se mesurer aux fougères géantes du versant espagnol.
Il faut tout de même le mériter ce Pas depuis Fos et l’itinéraire n’est pas évident :
On doit tout d’abord atteindre le plateau soit par le rude chemin de Trentenade, dont la largeur atteste de son ancienne fréquentation mais qui hélas, aujourd’hui, est encombré de cailloux et d’arbres abattus, soit par le sentier de ronde, plus direct, et qui coupe le grand lacet que décrit le chemin vers l’ouest. Le départ de cette sente, à peine discernable, se trouve à droite, quelques mètres avant la première « goute » : La goute de Mont Caubech.

La sente présente la configuration répandue des chemins de ronde de nos bois, comme celle du GR10, le chemin du Mounié, ou le chemin des Cros. Un sentier en lacet permettait aux forestiers d’accéder à plusieurs couloirs contigus pour guider et débloquer la descente des troncs de bois.

La trace est étroite et même disparue par endroit et la recherche de l’itinéraire ainsi que l’équilibre sur les pentes abruptes et glissantes requiert la plus grande prudence et une solide connaissance de la « progression » en montagne. Peut-on parler de marche lorsque les mains sont tellement sollicitées ?
Un récent balisage de points rouge facilite l’orientation sur ce sentier de ronde qui rejoint après moult lacés le chemin de Trentenade en dessous du plateau.

Le plateau offre un court répit dans cette ascension.

Car il ne faut être tenté de continuer en face à plat sur le plateau sous peine de se retrouver sur des pentes abruptes côté espagnol. Il faut encore grimper sur la sente qui part à gauche vers l’ouest, sous la crête.

Pas trop longtemps toutefois car bientôt il faudra la quitter avant qu’elle ne se perde dans le ravin de la Goute tombant du Tuc du même nom.

La borne 412, puis le Pas sont en effet derrière nous et découverts au prix d’un dernier effort : Nous avons grimpé en tout un dénivelée de 850 mètres. La borne, peinte sur un rocher, nous oriente vers le passage situé à niveau, en corniche au dessus d’un ravin s’écoulant vers le Pont du Roi.

Le paysage s’ouvre alors vers le val d’Aran et bientôt l’environnement change brusquement. L’austère forêt de sapin du raide versant français laisse place à un relief plus doux sur d’anciennes estives et une forêt de pins.

Nous ne sommes pas loin d’un bon chemin que l’on rejoint à l’extrémité ouest du bois de pin et qui descend sur Canejan où nous sommes heureux de trouver le véhicule qui nous y attend ! Les courageux peuvent aussi revenir à pied à Fos par le chemin qui descend sur Pontaut, puis par la piste cyclable.

L’exploration dans le sens Espagne -> France serait moins sportive avec seulement 500m de dénivelée mais peut devenir plus complexe. Il faut en effet trouver vers l’est le passage à travers les estives après avoir quitté, une fois le bois de pins dépassé, le chemin montant de Canejan. Il faut alors veiller à ne pas trop grimper vers la crête difficilement franchissable plus haut, au dessus du niveau du Pas.
Une aventure à n’envisager, dans un sens ou dans l’autre, qu’avec l’expérience de la montagne, ou bien accompagné d’un guide, pour négocier au mieux ces fortes pentes glissantes avec peu de points de repère. Le marcheur égaré peut se retrouver bloqué par une « goute », ravin vertigineux créé par l’érosion et coupant le chemin. Prudence, donc !