Bach de Fos 1909

la Bach de FOS, le 5 juillet 1909

Vers midi le lundi 5 juillet 1909, je résolus de faire une tournée à la bach de Fos et de monter à la fontaine de M. Empey. Le temps est sombre, toujours couvert cette année, la rosée est tombée. Il ne fait pas froid comme les jours passés. Je suis les pelouses qui montent vers les prés de Mont-Caoubech. Elles sont pauvres en végétation, on ne voit aucune trace de champignons. Ils sont singulièrement en retard cette année. En passant sous l’écurie de J. Marie Sanglade, sacristain, j’ai cependant remarqué trois russules à lames jaunes, chapeau rouge, pied blanc. Ce sera probablement la russule dorée. Un peu plus loin sous le bois, à la lisière des prairies, j’ai été assez étonné de rencontrer un beau pied d’Actaea spicata. Elle n’est pas encore en fleur mais présente une belle touffe de feuilles. Cette plante est assez rare et mérite d’être signalée dans une contrée où elle se trouve bien à portée pour la récolter. Dans cette même prairie, au mois de mai, j’avais remarqué quelques pieds de sceau de Salomon.
Plus haut encore, dans le pré de Baptiste de Micheou, on aperçoit les belles tiges de cirse à feuilles variées que l’on trouve beaucoup plus tard près de la fontaine de Puymorin. Cette espèce de chardon est une des plus jolies des Pyrénées. Il ne porte pas d’épines ; le dessous des feuilles est blanc cotonneux, celles du fond sont profondément pennatifides. (Relatif à une feuille pennée avec deux lobes par penne)
Au sommet du pré, avant d’arriver à la ravine, un petit oiseau s’échappe au frottement de mon pied. Je regarde, et avec peine, dans l’ombre, je remarque un petit nid avec cinq œufs blancs un peu tachés. Je passe la ravine et je m’élève peu à peu vers le pré du fond de Currédoun. La gentiane commence à fleurir mais l’herbe est encore bien petite. Après avoir traversé le pré, je m’élève peu à peu en suivant le chemin de traînage et j’arrive au second pré.
Ici, la grange et la cabane sont encore debout, tandis que dans le pré d’en bas elles sont tombées en ruine. Je monte au dernier pré qui est double. Dans la partie inférieure, je remarque des pieds de Polygonatum. Les fleurs sont tombées mais la tige est encore assez verte. Je traverse le petit ruisseau qui descend de Puymorin et je monte toujours par un sentier bien tracé mais encaissé de talus, souvent humide. Il me conduit cependant vers la fontaine
où je voulais arriver. À mon petit pas, j’avais mis deux heures et demie. Une pause est obligatoire auprès d’une si bonne fontaine, l’eau me semble douce et passe presque comme un sirop dans le gosier.
Après une petite demi-heure de répit, je descends vers le confluent des ruisseaux, dont l’un descend de la Pourteoule, l’autre du côté de Raygoune. Mais le pays est encore sans végétation sous les bois. Dans les prés des Mouras au contraire, c’est la belle floraison. Les Orchis sont nombreux, ainsi que les pédiculaires et un grand nombre de plantes connues. Le jonc surtout, pousse avec vigueur. En remontant ces prairies, un Polygala à couleurs blanc pâle
et incarnat me frappe, cette variété de couleurs est très rare. Bientôt, j’arrive au sentier qui me conduit aux charbonnières.
Ayant passé le petit ruisseau, je trouve un joli champignon sur une souche. Chapeau gris cendré un peu foncé de brun, lames rosées laissant un anneau blanc autour du pied, blanc farineux, au bout grossissant vers le fond avec bulbe. Je le prenais pour l’entolome en bouclier, mais ce sera probablement la plutée couleur de cerf.
Je continue ma route. Une charbonnière fume. Je remarque l’architecture primitive. Un Italien des environs de Florence surveille le feu, son frère fait du bois. On leur donne 140 fr à chacun par mois, mais ils doivent se payer trois ouvriers à raison de 50 fr chaque par mois. Les charbonnières doivent brûler dix à douze jours, nuit et jour. Elles sont couvertes de terre,
on y fait des trous deux fois par jour pour faire entrer l’air. Tout autour, le bois est entassé l’un sur l’autre, au milieu on le dresse contre trois piquets entourés d’un cercle, qui forment cheminée. C’est par ce trou de cheminée qu’on allume le feu avec des branchettes. Le feu remonte par la cheminée, puis s’étend tout autour, de haut en bas jusqu’à ce que tout soit consumé. Une bonne charbonnière donne de soixante à soixante-dix sacs de charbon de cinquante kilos, au moins à cinq francs le sac, 250 fr.