Bach de Fos 1913

Promenade à la Bach de Fos – 26 mai 1913

Par une splendide journée, le 26 mai lundi, avec l’abbé Sourt curé de Melles, vers neuf heures du matin nous nous donnions rendez-vous à la Bach de Fos. La chaleur se fait déjà bien sentir, la montée à cause de cela est un peu pénible. Par le chemin le plus direct, nous montons vers l’Artigue, examinant la végétation d’une manière un peu distraite. Nous remarquons beaucoup d’Ajuga reptans, des ancolies, des gentianes acaulis qui deviennent rares. La Vicia
orobus au-dessus de Concides commence à tirer les fleurs. Les petites épervières piloselles sont aussi sorties. L’Orchis jaune, morio passe aussi. Nous arrivons doucement aux Mouras. Ce qui nous frappe spécialement, c’est la tendre verdure des feuilles de hêtres à travers lesquelles se jouent les rayons du soleil. Après une bonne pause à la fontaine de l’Artigue, nous remontons devant nous vers Salountère. La pente nous paraît un peu raide. Au abords du bois, au sommet de la pelouse de l’Artigue, je remarque quelques Polygala alpestris et d’anciens champignons grisâtres attachés sur une souche, avec pied central grisâtre brunâtre, pores jaunâtres, irréguliers, dentés, mèches autour du chapeau.
Les myrtilles sont habillées de feuilles nouvelles à nuance plus foncée que celles des hêtres. Nous arrivons à la fontaine de Salountère. La chaleur est plus douce, il court un peu de vent frais. Les pelouses reverdissent, le foin pousse à peine. Dans la montée sur la fontaine, nous remarquons des renoncules jaunes, la montanus et la gouanii. Sur la forêt et près de la cabane plus élevée, nous retrouvons les gagées liottardi à feuilles longues, étroites, fistuleuses.
Fleurs jaunes à six pétales en dedans, vertes en dehors, pédoncule poilu, feuilles caulinaires opposées. Elles commencent d’arriver.
En montant toujours, nous retrouvons la renoncule blanche des Pyrénées, quelques faux narcisses, la Braya pinna􀆟fida. Les Erythronium dens-canis sont presque tous passés, on ne voit que la feuille singulièrement marbrée de brun. Sur Raygoune, à la crête, nous trouverons cependant encore quelques fleurs. À la crête de séparation entre Sestagnous et le vallon de Fos, nous rencontrons une belle floraison d’anémones vernalis ou du printemps. Je me suis demandé si dans un endroit ou un autre, on ne trouverait pas dans ces contrées la
Pulsatilla. Les gentianes jaunes poussent leurs larges feuilles. Le Chenopodium bonus-henricus fleurit. Les Rumex patientia tirent les feuilles. J’ai vu près des fontaines le saxifrage stellaris, la Cardamine latifolia, le Chrysosplenium oppositifolium.


Un sentier bien tracé permet de descendre assez aisément par l’arête entre
Sestagnous et la Coume de Raygoune. Nous marchons aisément. Le curé de Melles tue un écureuil au sommet de la forêt. Dans le bois assez clairsemé, couvert encore de son manteau d’hiver, nous pouvons descendre sur la mousse entrecoupée de rhododendrons et de tiges de myrtilles. Après une pause à la fontaine, nous descendons vers Melles. Les bûcherons abattent une coupe, font descendre les roules. La forêt en partie à l’ombre est encore fraîche mais il
faut revenir encore au soleil et ses rayons se font sentir. Enfin nous montons encore de bonne heure à Melles et je pouvais rentrer très aisément pour la bénédiction du St Sacrement.