Près de Canéjean, le 9 juin 1918
Le lundi neuf juin, par une journée assez brumeuse le matin mais qui ensuite fut très belle,
je partis seul pour visiter les prés placés au-dessus de Canéjean. Ce pays qu’on pourrait désigner
sous le nom de pays des beaux panoramas et des bonnes sources mérite bien une ou deux visites
par an. On peut y aboutir facilement de Fos par une route forestière qui serpente sous les hêtres
de Montcaoubech. On arrive d’abord au plateau de Trentenade et de là on escalade les pentes
plus raides situées sous les sapins et on trouve la passade qui conduit sous la forêt de Canéjean,
au-dessus de Campespin.
En montant par la forêt de Montcaoubech, je remarque sous les arbres bon nombre
d’euphorbes des bois qui fleurissent. L’aspérule odorante est en pleine fleur. Les Cardamine
impatiens ne sont point rares. La renoncule des bois se développe à l’ombre des hêtres. Je trouve
des parterres de Mercurialis toujours vertes. Une grande scrofulaire, que je croyais être la
nodosa, mais qui est l’alpestris, les feuilles étant velues et les bractées très petites. On voit aussi
un grand nombre de Lychnis à fleurs rouges, dioica. Les saxifrages umbrosa sont encore bien
épanouies.
Dans la partie supérieure de la forêt, sous les sapins, je ne trouve guère de fleurs, mais la
forêt est bien feuillée. L’airelle myrtille est très abondante dans ces contrées, elle a retrouvé sa
parure du printemps. Les pelouses supérieures de Canéjean sont assez sèches et reverdissent à
peine. Les genêts à balais, très communs à ces hauteurs, sont bien fleuris. Je descends ensuite
vers les prés où la végétation est bien avancée. Je me suis borné à rôder sur ceux qui sont placés
au-dessus du chemin qui fait communiquer les quartiers de Campespin. Ces prés bien arrosés
et bien exposés au soleil présentent une grande quantité d’Orchis, surtout le sambucina jaune
et rouge. Le mascula est déjà passé. Mais le maculata et une espèce plus jaunâtre qui semble
être une hybride du sambucina et du maculata sont très nombreux. Le pauciflora, l’odorant ou
conopsea, se trouvent partout.
On aperçoit des Ajuga reptans, des Polygala vulgaris, beaucoup d’Anthyllis vulneraria
roses et jaunes. La gentiane campestre est très commune. Çà et là, on voit bon nombre de pieds
d’Arnica montana. Les épervières piloselles sont sorties, même dans les pelouses. Je trouve
déjà épanouie la pensée à fleurs jaunes. La Viola sylvestris passe. La cornuta est en pleine
vogue. Je commence à discerner les petites fleurs du Thesium alpinum. Le Jasione montana
commence aussi à sortir. Les stellaires holostées sont très fraîches encore. En revanche, les
scilles du printemps sont fanées. Parmi les genêts, le pilosa tire ses fleurs, l’alata1 est un peu
plus en retard. Je rencontre encore quelques pieds d’Orchis ustulata, de grandes touffes de
serpolet dont les décoctions sont si utiles pour la fièvre aphteuse des animaux.
À quatre heures, je me levais de la fontaine où un petit de grive vient se faire donner du
pain. Il m’a servi de compagnon durant plus d’une heure. Je le plaçai dans les genêts avant de
partir. Je descendis directement vers le Lacus. Sur les rochers supérieurs, je remarque bon
nombre de Saxifraga nervosa en pleine fleur. Dans deux heures, je descendis sans me presser
de Campespin à Fos.
1 Le binôme Genista alata n’existe pas. Jourtau pense au genêt ailé, Genista sagittalis L.