L’Eglise Saint Pierre aux liens

Traduction :

Visite commentée par Adriana FOLDES le 13 août 2021

La première église de type roman se situait, jusqu’au XVIIIème siècle, au Plagnot, quartier le plus ancien du village. Devenue trop petite, elle fut remplacée en 1705 par l’église sur son site actuel, le village se développant par le bas.


Extérieurement, l’église est sans architecture précise mais l’intérieur nous réserve de belles surprises et un très riche décor…

Les péripéties de l’édifice …

Intérieurement, le bâtiment initial mesure dans sa plus grande longueur 28 mètres. Au début, il ne comportait que le sanctuaire et la nef principale qui mesure 8 mètres de largeur ainsi que deux autels latéraux, à droite celui de la Sainte Vierge, à gauche celui de Sainte Catherine formant ainsi les bras de la croix. Malheureusement il fut très endommagé à la fin du XVIIIème siècle par la terrible inondation de la Garonne de 1772.

La restauration va durer de 1772 à 1781 et nous amène aux décors que nous voyons aujourd’hui. N’oublions pas que nous sommes encore au XVIIIe siècle, sous le règne de Louis XVI (1774-1789) et que Fos étant le premier gros bourg à l’entrée du royaume de France, le Roi et le Clergé doivent asseoir et assurer la gloire du royaume par des églises richement décorées.

En 1856, devant l’augmentation de la population du village, il fallait agrandir le volume : les deux chapelles ont été prolongées vers l’arrière de l’édifice, jusqu’au clocher.

Mais en 1907, des mouvements de terrain nécessitent des travaux de renforcement et d’amputation du bas-côté nord entraînant la dissymétrie visible de l’extérieur (photo actuelle ci-contre)

L’inondation de 2013 n’entraîna pas de dégât. Seul le plancher a été recouvert par 20 cm d’eau.

Un décor intérieur somptueux après l’inondation de 1772

Au début du XVIIIe siècle, vers 1717, sur l’espace occupé par l’actuel autel baldaquin, avait été placé un premier autel tabernacle (d’après les archives du 27 mai 1717) commandé à un sculpteur de Saint-Gaudens par les sieurs Nadau, Candau et Pierre Barrié, consuls de Fos et par toute la communauté.
Ledit retable devait être orné de portraits de saints et surmonté d’un grand crucifix, le tout doré à l’or fin. Le prix convenu : 370 livres de l’époque.
L’inondation de 1772 causa des dommages irréparables : rien ne subsista de cet aménagement intérieur sauf deux statues, une de Sainte-Anne et une très belle Pieta, toujours présentes dans l’église.

De 1772 à 1779, selon les archives de l’abbé Jean Larrieu, « on s’active en réparations, on veut faire mieux » . Pour satisfaire aux goûts de l’époque, on construisit un autel en bois sculpté et doré que surmonte une somptueuse colonnade en rotonde à frise et baldaquin. Au dessus du tabernacle, on peut voir une croix en bois doré de1,05 mètre de hauteur, la porte est ornée d’une gloire entourant un triangle pointé vers le haut.

L’autel mesure 2,25 de longueur et 0,97 de hauteur. Il est en bois peint et doré, deux angelots ornent les angles à l’avant ainsi que deux magnifiques anges adorateurs dans sa partie la plus basse.

Le baldaquin est vraiment monumental ; il s’élève jusqu’à 7m60, il est comme un dais posé sur de très belles colonnades à l’antique de 2,20 m avec des chapiteaux
corinthiens (néo-classicisme fin XVIIIe).
Ce baldaquin représente le couronnement de la chair « Corps du Christ ».
Au centre de la frise, on peut distinguer, entre les deux colonnes intérieures, une gloire de fond bleu et au milieu, sur un livre, l’Agneau Pascal.



Au-dessus, des anges de 60 cm de hauteur tiennent les pages de deux livres ouverts qui portent les inscriptions à gauche « Ecce Agnus Dei » (voici l’agneau de Dieu) à droite « Ecce ayrum Domine ».
Le sommet du baldaquin est soutenu par quatre consoles renversées qui s’appuient sur des frises et décoré par des guirlandes de fleurs en bois sculpté
sur lesquelles sont assis deux angelots. Les frises sont peintes en bleu, d’un bleu appelé « bleu roi » (couleur dominante de l’uniforme du régiment des gardes françaises créé en 1563 pour assurer la sécurité du Roi).

Il est évident qu’un décor aussi somptueux ne pouvait être l’œuvre d’un simple artiste de village. Nous le devons au grand sculpteur Dominique Ferrère, né en 1723 et mort à Tarbes en 1809. Sculpteur baroque du XVIIIe siècle, descendant d’une dynastie de sculpteurs de renom du sud-ouest, il décora plusieurs églises dans les Hautes-Pyrénées, seulement deux en Haute-Garonne dont celle de Fos bien sûr. Dans une lettre du 7 octobre 1780 adressée à M. Soumastre, consul de Fos à cette époque, Dominique Ferrère promet qu’après la réalisation de l’autel baldaquin et de toutes les sculptures, il trouvera un peintre doreur capable de donner tout son lustre à l’autel avec des dorures à la feuille d’or et des faux marbres en trompe l’œil (technique italienne du XVIIIe siècle).
Il proposa le sieur Jean Baqué, peintre doreur à Tarbes. Ce fut avec joie et fierté que le curé de notre paroisse donna sa bénédiction, le 8 décembre 1781, à l’église, sanctuaire et autel étant entièrement restaurés.

Un tableau représentant le Christ-enfant au temple, fut légué à l’église. Il est actuellement propriété de la commune. La famille Doniez légua à l’église de Fos ce tableau provenant de la collection de la famille de Lassus fut d’abord attribué au peintre Lesueur. On sait maintenant avec certitude qu’il s’agit d’une œuvre peinte par Jacques Stella (né à Lyon en 1596, décédé à Paris en 1657). Titré peintre du roi, élève de Nicolas Poussin, c’est un peintre d’histoire et de sujets religieux.
Propriété de la commune de FOS, le tableau est actuellement en dépôt au Trésor de Saint Béat.

Pour en savoir plus sur ce tableau ….

Ses donateurs, les Doniez-de Lassus-Duperron est une famille aujourd’hui oubliée. Grâce à sa générosité, les décors de l’église furent, en partie, réalisés.
André Doniez, le plus riche marchand de bois de la région, avait épousé la baronne Jeanne Élisabeth de Lassus, fille du contrôleur des marbres du roi à Montréjeau.
Le couple résidait à Fos dans la belle demeure accolée à l’église. Ils participèrent financièrement à la restauration de l’église entre 1772 et 1780. Le mariage de leur fille Alexandrine Doniez avec Joseph Garrigue (avocat au parlement de Toulouse) y fut célébré en grande pompe en 1788 à la veille de la révolution, en présence d’un témoin de mariage illustre, le vicomte Louis de Noé, maire perpétuel de la ville de Bordeaux ainsi que grand chambellan du duc d’Orléans (frère du roi) à Versailles et petit-fils de Colbert.

Pour rester sur une note picturale, il faut commenter la peinture de la voûte ; elle représente l’apothéose de Saint-Pierre, patron de Fos. C’est une œuvre merveilleuse aux riches couleurs, ornée d’une frise néo-classique délimitée par un bleu lapis-lazuli de toute beauté ; son auteur est le peintre parisien Auguste Crévoisier, venu de Paris et décédé à Fos en 1853. Son talent est manifeste. Malheureusement, nous n’en savons pas plus sur lui. Il reste à entreprendre des recherches plus approfondies.


Pour ce qui est des peintures murales de l’autel de la Vierge Marie et des fresques, elles sont du début du XXe siècle (1900-1910), à l’époque des dernières
rénovations de l’église. Les vitraux commandés et réalisés grâce aux dons des personnes de la commune (on peut voir leurs noms en bas des vitraux), datent de la même époque.

L’expression « Saint-Pierre-aux-Liens » fait référence à l’emprisonnement de Pierre l’apôtre à Jérusalem par le roi Hérode Agrippa en l’an 43. La commémoration en est fêtée le 1er août.