Montné de FOS 1908

Montné de FOS, le 10 juillet 1908

Le dimanche dix juillet, le temps étant assez beau, après les vêpres je résolus d’aller vers cinq heures du soir faire une promenade du côté d’Arlos.

Ce jour-là, j’avais fait renouveler la première communion à deux garçons et huit filles, je leur avais fait mes dernières observations, et le cœur un peu gros je sentis le besoin d’aller humer l’air à la campagne. Quoique solennité du Sacré-Cœur, j’avais eu très peu de monde à l’église, c’est l’époque des foins au temps même le plus pressé. On ne connaît plus de dimanche. Quelques-uns de mes paroissiens fauchent, d’autres chargent les fourrages.

Moitié confus, je m’enfonce sous les bois de châtaigniers, de là dans les fougères presque aussi grandes que moi. Par un petit sentier situé au-dessus des granges Carabine, je rejoins un petit plateau qui dans le pays porte le nom de Plan dés Vaqués.

C’est là que je rejoins le chemin de ronde forestier qui serpente entre Arlos et Fos, le long de la crête qui sépare la ravine de Fos (Il doit plutôt s’agir de la ravine d’Arlos) du bois de Fos, qui forme un grand triangle dont la pointe est au dessus de Sacaube et les autres angles vers la tour du Sérial et le Montné.
Je monte lentement par ce sentier. La pente est douce, en partie ombragée. Les hêtres, d’abord rabougris et qui s’allongent à mesure qu’on monte, occupent la contrée.

Les fougères mâles ont envahi, avec les ronces, tout ce qui est clairière. Les genêts, en bien des endroits, forment des barrières infranchissables. Ils sont ornés en ce moment de leurs gousses velues qui encore sont vertes mais qui bientôt deviendront noires lorsque le soleil les fera crépiter pour s’ouvrir et lancer leurs graines.

Le long de la route, je m’amuse à cueillir la germandrée à fleurs jaunes pâles, germandrée scorodonia ou sauge des bois qui foisonne, recommandée comme tonique, diaphorétique et fébrifuge.

Le millefeuille est aussi en fleur, il est conseillé dans les atonies nerveuses et les hémorragies.

Le prénanthe pousse ses fleurs qui vont s’épanouir.

Les petits talus sont recouverts d’Aira flexueuses.

On y remarque aussi la petite pimprenelle.

Le Vincetoxicum appuie des branches qui s’allongent démesurément sur les arbustes voisins. La racine est vomitive.

Les millepertuis en fleur ne sont point rares, les habitants de la contrée rentrent souvent le soir avec un bouquet de cette fleur qui a sa réputation pour les coupures comme l’arnica.


En montant près de la tragie, je rencontre un bolet mais il est passé. J’arrive bientôt dans un second plateau qui porte le nom de Plan dés Gestes. Je remarque un grand chemin qui descend vers le fond du bois en se dirigeant vers Guyenne, je m’y engage.

Les herbes sont très hautes, la végétation luxuriante, les ronces en floraison forment des bouquets magnifiques. Je suis cette route jusqu’au fond du bois où elle disparaît au sommet d’un rocher d’où l’on précipite les perches de bois. Les genêts sont presque infranchissables tellement ils sont longs.

En descendant, je cueille des oeillets barbus à jolis bouquets que je ne m’attendais point à trouver dans cet endroit.

La campanule patula étale aussi ses fleurs sur le bord de la route.

Je remarque encore les fleurs jaunes du chèvrefeuille dont les bractées inférieures restent séparées jusqu’aux fleurs (periclymenum).

C’est aussi l’époque où le grand Sedum à fleurs jaunes se retrouve presque partout.

Le Jasione perennis arrive aussi à une belle taille.

Dans les haies des prairies, on remarque encore la Spiraea ulmaria, reine des prés, qui a une grande réputation pour l’hydropisie.

C’est une plante aimée des abeilles qui répand un doux parfum. On pourrait en cueillir des fagots sur les prés de Boutx sous la fontaine et le ruisseau que l’on rencontre en montant les premières rampes de la Seube.

La nuit approchant, j’ai regagné le chemin de traînage et je suis arrivé au presbytère vers neuf heures du soir.